Le mot de la fin

« Quand tu aimes il faut partir »

J’emprunte ces mots à Blaise Cendrars et à Alina Reyes, dont le roman éponyme attend sagement sur ma table de nuit, pour introduire cet utlime billet, le fruit d’une longue réfléxion estivale et peut-être même plus ancienne.

 Oh que oui, j’aime écrire, et plus encore, attraper les sentiments comme des papillons dans un filet, les observer, les dissequer et si possible, les mettre sous cloche en les gravant à l’encre virtuelle. Oh que oui, j’aime raconter mes expérimentations culinaires, bien que je n’ai plus la patience de les mettre en scène. C’était pourtant là l’objectif premier de cet avatar belgophile : manger et bricoler. Oui, tellement de fois Oui ! Comme j’aime ces échanges sur les petits bonheurs et les affres du quotidien. Mais il est temps pour moi de tourner la page. Au sens figuré. De vous dire au revoir. Au sens propre. Ce fut l’une de mes formules préférées, la plus usitée avant que je n’en sois moi-même usée.

Quelle drôle de sensation, cette conclusion et pourtant, son absence rendrait obselète l’introduction de ces pages, qui invitait au partage, à l’indulgence, aux plaisirs simples et parfois, aux questions plus compliquées de ces bonheurs qui riment : professionnel, existentiel, maternel. Qui riment oui, qui rament aussi. Depuis quatre ans, je n’ai pas toujours nagé le vent dans le dos, comme le chantait l’autre.

J’ai vogué vers mon bonheur professionnel sans trop savoir à quoi il ressemblait, en me cassant parfois les dents sur des idées toutes faites, véhiculées par les réseaux sociaux et par les blogs à commencer par le mien. Moi qui pensait que l’entreprenariat était le nouveau Graal, j’en avais oublié ma fibre pour le service public et les causes qui me dépassent. Je vous ai également fait un tour de ma cuisine que vous savez maintenant gourmande, approximative et sucrée, à mon image, suis-je tentée d’écrire.

Et finalement, plus que les recettes, plus que les interrogations professionnelles, c’est la maternité qui s’est taillé la plus belle part de cet espace numérique. Ma maternité, faconnée par deux Snottneus, le (plus si) petit et la petite, deux petits bruxellois aux nez qui coulent. Cueillir les fleurs de la vie avec eux, les interrogations qu’ils suscitent mais auxquelles ils dérogent, l’émoi insubmersiblequ’ils créent en moi et puis distiller ces manipulations sentimentales comme les feuilles d’un (h)être dans le feuiller de ma deuxième primiparité. Rien que pour cela, ça valait le coup, de braver le sommeil, la pudeur, le règlement de travail ou mon même forfait 4G selon l’endroit où je me trouvais. Rien que pour le réconfort de mettre des mots sur les, sur mes et parfois sur vos sentiments. Oui, ça valait bien ces quatre années de partage réunis sous ces trois syllabes : bel-gi-nette.

Alors pourquoi j’arrête ? Parce que je n’ai plus rien à dire serait la réponse la plus aisée. La plus incomplète aussi. Parce que d’autres le font mieux que moi serait une part de vérité. Parce que je n’ai plus le temps, mais comme le dit mon Beau Gino, le temps ça se prend. Parce que j’ai des projets ailleurs, même si pour l’instant nulle part ailleurs qu’au fond de mon coeur. Parce que mes doigts carressent trop le plastique des claviers et pas assez le papier des livres, parce qu’à force, un jour, mes yeux vont devenir carrés, comme les écrans au travers desquels je vous passe mes états d’âme. Parce que. Tout simplement. Sybillinement, parce que.

J’aimerais vous dire qu’on se retrouvera, ou plutôt, que vous me retrouverez et peut-être même là où vous ne m’attendez pas. J’aimerais , oui, mais je ne le saurais pas. Un seul mot donc, pour clôturer tout cela : de m’avoir lue, de m’avoir perçue, d’y avoir cru, de m’avoir répondu, de m’avoir aimée et partagée :

 ❤  MERCI  ❤

 

Aline. 

Crédit photo : Thomas Van Den Driessche – Studio Fifty Fifty

 

 

 

 

Concrètement, comment ça se passe ?

Le blog restera en ligne jusqu’au moment où je trouverai un moyen satisfaisant de l’archiver. Je ne renouvellerai pas mon abonnement à la plateforme l’année prochaine. Mais pour ceux qui savent et pour ceux qui veulent, je serai toujours active sur Instagram, où vous pourrez suivre nos petites et nos grandes aventures 🙂

*

Tu es plus belle que le ciel et la mer
Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924

Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir

Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises

II y a l'air il y a le vent
Les montagnes l'eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre

Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends

Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler

Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t'en

Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l'œil
Je prends mon bain et je regarde

Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t'aime


10 réflexions sur “Le mot de la fin

  1. Je me pose aussi souvent la question de continuer. Ça nous apporte tellement mais des fois, je me demande aussi:  » pourquoi je fais tout ça! » .
    Je comprends tout à fait en tout cas et même si je serai triste de ne plus te lire, ce sera chouette de continuer à te suivre via insta.
    Bon vent à toi et que tout se passe bien. N’hésites pas à revenir si le cœur t’en dit!
    Bravo pour tout ces billets!
    Des bisous

    1. Coucou Megan ! Je prends le temps de te répondre après 6 jours, je pense que j’avais besoin de m’éloigner un peu du Blog pour euh… comment dire « consommer la rupture » 😊 je suis super admirative de tout ce que tu entreprends, la cuisine, la boutique, le blog, les creative sundays et une baby Nell à croquer, visiblement bien dans ses baskets. Moi je peinais à trouver mon équilibre, entre le boulot, les deux Snottneus, mon besoin de refaire du sport, mon envie d’écrire certes mais aussi mon envie de lire. Ca reste un sujet intarissable , cette question du temps, qui passe, qui file et après lequel on court, encore plus apres être devenues mamans. Merci pour tes petits mots et au plaisir de te suivre dans tes aventures gourmandes. Gros bisous

  2. Un peu triste de lire cela… j’aimais tellement te lire, tu as une plume incroyable qui mettait des mots sur ce que bcp ne parviennent pas à poser. Je suis aussi un peu parfois dans la même réflexion et me pose aussi la question de l’utilité de tenir un blog. Les journées sont courtes, mille choses à vivre et un blog à tenir… pas simple. Je retiendrai de ton blog bcp de douceur comme le sont tes photos. Plein de succès dans tes futurs projets, tu le mérites tant! À bientôt

    1. Merci Nath ! Un peu comme ce que j’écris à Megan ici au dessus, l’utilité de tenir un Blog, c’est avant tout le plaisir et pour être honnête, ces derniers mois je n’y trouvais plus beaucoup de plaisir. L’écriture me prenait trop de temps et trop d’énergie émotionnelle. Mais je pense bien que je renouerai avec le plaisir d’écrire dans un futur que j’espère néanmoins proche. À bientôt j’espère, En bordure de bois de la cambre ou ailleurs 😉😘

  3. Ton plus beau post pour la fin, quel merveilleux cadeau tu nous fais là; terminer en beauté plutôt que sur un essoufflement. Bravo pour cette décision, tu es vraie et tu te respectes, c’est cette honnêteté que j’aime chez toi et que j’ai toujours adorer retrouver dans tes écrits. Belle continuation belle Ginette.

    1. Merci Marie ! Je ne pouvais pas laisser le Blog en friche, je n’aurais pas dormi sur mes deux oreilles. Merci aussi pour tes encouragements de toujours. Je t’embrasse et te dis à bientôt ❤️

  4. Je traverse les mêmes vagues, le même questionnement. « Professionnel, existentiel, maternel. » L’écriture m’est nécessaire mais une petite voix me murmure de plus en plus fort : à quoi ça rime, cette histoire-là ? Et si je gardais tout pour moi, pour ce qui compte, pour mes amours. Tout court.
    Jusqu’au cas de l’entrepreneuriat idéalisé, je te comprends, profondément, et admire l’élégance avec laquelle tu tires cette petite révérence. J’ai aimé te lire ces dernières années, plus encore en attendant de devenir puis en devenant maman. Merci pour tout ce que tu nous as apporté, au plaisir de te continuer à te suivre ailleurs. Et de te recroiser, qui sait.

    1. Et finalement, si c’était le questionnement constant qui guidait nos vies ? Ce n’est pas plus mal et je me demande si ce n’est pas l’essence même de nos blogs. Se questionner sur la vie, l’enfance, la gourmandise, la sociabilité, sur l’esthétisme, sur toute une série de sujets qui tissent nos vies et celles de ceux qui nous lisent. Parce qu’après tout, avant de pouvoir apporter une tentative de réponse, il faut d’abord se poser la question 😊 merci pour tes compliments qui me flattent, venant de toi dont j’admire beaucoup le travail teinté d’une poésie si particulière. À très bientôt, à travers un carré ou à travers un regard 😉😘

  5. Triste que Belle Ginette ferme boutique… J’aimais tant te lire, ta poésie, ta sensibilité, ton regard juste, et puis tu fais partie de celles qui m’ont donné envie de bloguer à mon tour …

    Mais en même temps, admirative de te voir partir comme ça, pour ça, et d’être ainsi totalement à l’écoute de toi…

    Et puis pleine de pensées positives pour tes projets, tes envies d’ailleurs, je sais qu’on te retrouvera bel et bien là où ne t’attendait peut-être pas … Ton talent te mènera loin…

    Alors merci pour tout ça, chère Belle Ginette …
    Merci aussi à toi de m’avoir permis de connaitre Aline en vrai…

    Et à très vite alors… ❤️

    1. Merci Mariette ! Tu fais partie de ces belles rencontres que le Blog m’a permises de faire, et que j’emporte avec moi dans ma vie d’après. Gros bisous et à très vite 😘

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