Ce qu’il sait de l’enfant que j’étais

Bis repetita.

Il en sait des choses, mon Snottneus, du haut de ses 4 ans. Des choses qu’il observe, des choses que je lui explique, des choses qu’il apprend à l’école et des choses que lui racontent ses grands parents,  fournisseurs officiels de bonbons, de tartines au choco sans les croutes dans le canapé et d’anectodes croustillantes au sujet de sa maman.

Il sait les bêtises, pas toutes. Il sait l’effronterie, un peu. Il voit la ressemblance, quand il regarde les photos encadrées d’une petite fille au cheveux courts, qui lui renvoie son reflet, presque traits pour traits, deux paires d’yeux malicieux qui se font face, separés par un morceau de verre et trentes années lumière.  Il sait qu’il a de qui tenir. Il sait qu’on reste toujours un enfant, même quand on devient grand, ne fut-ce que l’enfant de sa maman, c’est pas pour rien que je le lui répète tout le temps. Il sait tout ça.

Moi aussi j’en sais des choses. Je sais la solitude, je sais l’inconfort de ne pas rentrer dans le moule, je sais le soulagement de voir arriver mes parents à la garderie, je sais la difficulté de se faire respecter, de se faire admirer et même solliciter. Je sais l’envie folle d’être désirée,  aux anniversaires, aux boums, dans les groupes à la gym et dans la cour de recré. Je sais ou plutôt, je sens encore  cette surémotivité incontrolable qui innonde la poitrine, cette susceptibilité envahissante qui leste le coeur jusqu’au fond des tripes. Je sais ces larmes qu’on dit faciles mais qui ne sont pas celles d’un crocodile. Je sais tout ça. J’avais oublié mais tout au fond de moi, je sais.

Et lui, il ne sait pas que je sais.

Il ne sait pas que j’étais cet enfant là, cet enfant que parfois, je crois revoir en lui. Il pense que je suis forte, que je sais tout. Tout faire, tout réparer, tout retrouver. Tout solutionner. Mais il se trompe, je le lui dit doucement, tendrement. Progressivement. Je ne sais pas tout faire (à la fois), je ne sais pas toujours tout réparer et j’en ai un peu marre de tout chercher, avant même qu’il ait regardé.

A mon petit garçon, je voudrais pouvoir acheter la confiance en lui et la serenité, comme au magasin, en même temps que ses bottes en caoutchouc pour aller à la mer. A la bonne taille, comme son bonnet rayé. Pas trop grand, pas trop petit. Mais ça ne se vend pas. Même pas en seconde main. Surtout pas en seconde main. Comme un chateau de sable, ça se construit. Et je peux l’habiller avec le plus bel attirail, les bottes, le ciré, le bonnet, lui donner toutes les pelles, les seaux et les plus beaux coquillages, c’est lui seul qui pourra le construire, ce château, le protéger aussi.

Il ne sait pas tout ça. Ces doutes qui m’assaillent à la porte de la garderie. Ces souvenirs qui remontent le long du chemin vers la maison. Il ne sait pas et c’est très bien comme ça. Parce que c’est sa vie, parce que même si on se ressemble, c’est forcément différent. Il ne sait pas que je fais de mon mieux pour ne pas me voir en lui. Il n’a pas à le savoir.

Il doit « juste » savoir que je l’aime et qu’avant de manger les siennes, je ne mangeais pas les croûtes de mes tartines au choco.

Cet article est inspiré d’un thème Belgomums « ce qu’il sait de l’enfant que j’étais ». Un thème qui m’a longtemps trotté dans la tête et qui m’a permis de mettre des mots sur les émotions qui m’habitent depuis quelques mois. Et  pour illustrer tout ça, trois photos de lui et trois photos … de moi. Mais qui est qui ? Je vous laisse trouver 🙂

 

8 réflexions sur “Ce qu’il sait de l’enfant que j’étais

  1. Haaaaannnnnn ! Juste envie de mettre un ❤ tout doux en commentaire, réconfortant, tellement ce billet est profond et tendre à la fois. Merci beaucoup. J’imagine que l’exercice ne fut pas facile à mettre en mots. #CoeurAvecLesDoigts

    1. Merci ! Et surtout merci pour cette belle idée de thème, qui m’aura donné du fil à retordre comme tu le sais mais aussi permis de mettre des mots sur ces sentiments si spéciaux. Je t’embrasse 😘

  2. Merci Belle Ginette, quel bienfait de lire ce qu’on ressent de voir et de se voir dans son enfant « sensible » tout en sachant et différenciant son histoire à lui, qui n’est pas la nôtre. Quel plaisir aussi de discuter avec ses enfants qui voient tant de choses que les adultes ne voient pas ou plus.

  3. Ton texte est comme ta frangipane tendre et doux à la fois, napper de sucre fait avec amour et tellement intense.
    La sur le coup je suis bluffer, petite Ginette avec la coupe et le sourire du pt Snottneus et vice versa. Bref vous êtes adorables

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