Les imparfaites

Toutes.

Il y a autant de mères que de femmes et même plus, il y a parfois plusieurs mères dans une femme et plusieurs femmes dans une mère. Tantôt cool, tantôt poule, parfois louve, parfois loutre. Mais toutes les mères sont imparfaites. Parce que la perfection n’est pas de ce monde et quand bien même elle le serait, quelle mère aurait le temps de la pourchasser, entre des nez à moucher, des pettes à essuyer, des ponts à construire, des bouches à nourrir,  des ambitions à assouvir et des blogs à écrire. Et pourtant, nous les blogueuses, nous travaillons dur à la construction de notre univers virtuel, dans lequel on distille le beau, le bon et le blanc de nos vies. Les mamans blogueuses n’échappent pas à la règle, elles y contribuent largement, se révélant souvent source d’inspiration mais aussi parfois, de manière plus latente, source d’oppression entre elles ou pour les autres mères qui les suivent.

C’est tout un débat, cette question de savoir si c’est bien d’édulcorer nos vies pour les présenter à nos lecteurs plus blanches qu’elles ne le sont réellement, d’écrèmer notre quotidien pour n’en retenir que ce qui est enviable en taisant ce qui l’est moins. Personnellement, cette question m’a longtemps taraudée et notamment lorsque plusieurs de mes amies m’ont fait remarquer le décalage entre ma vraie vie et l’image que j’en donne sur la toile. 

Après la vexation est venue la réflexion. C’est vrai qu’il y a un décalage entre ma vie et l’image que j’en donne au travers de ce blog. Forcément. Heureusement aussi. Et je sais que c’est le cas de toutes les blogueuses, à fortiori des mamans blogueuses. Mais ce n’est pas plus mal. A moi lectrice et à vous lecteurs, de faire la part des choses. Quand on ouvre internet ou instagram, on a pas forcément envie d’être confronté à la réalité. Quand je lis un article qui propose une recette de madeleines, j’ai envie de voir une belle photo de madeleines, et pas toute la vaisselle qui vient derrière.

Mais les enfants ne sont pas des madeleines, malgré la petite odeur de vanille derrière leurs oreilles (ceux qui boivent encore du lait plusieurs fois par jour …. et par nuit). Les enfants, c’est parfois bien plus galère que des madeleines et toute la vaisselle qui vient derrière. Et lors de notre brunch Belgomums de cet été, on en a parlé entre nous. De cette image oppressante qu’on ressentait à la lecture de certains blogs et surement de cette image qu’on projette aussi un peu dans les nôtres. Je m’en souviens encore de ce brunch. J’étais accompagnée de la toute petite Snottneuse dont l’activité principale était encore de pleurer et de régurgiter. J’étais littéralement au bout du rouleau et je me souviens avoir été très enthousiaste lorsqu’on a évoqué le thème du mois d’octobre : nos fails de mamans. Une expression pas très française qui veut bien dire ce qu’elle veut dire : personne n’est parfaite, pas même une maman.

Six semaines après avoir accouché, je n’en pouvais plus de ces images véhiculées par les réseaux sociaux, ces images de portage, de bébés heureux, de femmes si belles enceintes et après. Je me sentais laide, grosse et fatiguée. Je passais alors mes journées à marcher, en accentuant la flexion des genoux, de la cuisine à la salle à manger et de la salle à manger au salon (qui fort heureusement sont la même pièce chez nous). Bref, j’avais envie que notre collectif de mamans blogueuses tombe le masque de la mère parfaite et c’est ce qu’elles ont fait,  mes co-belgomums, avec humour, détails, pudeur et humilité. Allez retrouver toutes les contributions sur notre page Facebook. Vous allez voir, ca décomplexe ! Et la mienne, de contribution? Ah la mienne … Elle est là au bout de mes doigts et en même temps, elle est un peu dans chacun de leurs articles, parce que je me suis reconnue dans chacune de leurs expériences.

Ma petite Snottneuse, ses 6 semaines, mes rondeurs, ma fatigue, et ma demi-crêpe sous l’objectif de Petit-Em, lors du brunch Belgomums en juin dernier.

Pourtant je voudrais aussi vous raconter tous ces moments râtés avec lui, quand je nécogie mon autorité en échange de bonbons, quand je lui ai appris à mentir cet été (et que je me suis fait captée, j’étais pas fière, Madame Valeurs que je crois être parfois), sa chambre qui ne ressemble à rien et que je n’ai même pas osé vous montrer pour le thème Belgomums du mois d’avril, son armée de tutes en dessous de son oreiller (Saint-Nic’, on compte sur toi, tu es notre dernier espoir), quand je le case devant Sam le Pompier, sur la tablette en plus, pour le retrouver 20 minutes plus tard à regarder des vidéos promotionnelles de jouets en hongrois (enfin, je crois que c’est du hongrois), la fois où je lui ai mis la tête sous la douche – froide- pour calmer une de ses crises de colère. Ou plutôt, les fois où … Et ces moments râtés avec elle, nos débuts plus qu’hésitants, quand on ne se comprenait pas bien,  ses pyjamas tout tâchés de lait caillé, ses vitamines que j’oublie un jour sur deux, de cet allaitement au sein qui me tenait plus à cœur à moi qu’à elle, de son look vestimentaire, attifée comme l’As de pic, avec ce que je trouve dans les tiroirs (ou que je vais rechercher dans le panier à linge sale), de ses nuits qu’elle ne fait toujours pas, de ce biberon de 1h30 que je lui donne pour avoir la paix, plutôt que de lui apprendre à dormir d’une traite…. Oui, je voudrais vous raconter tout ça, avec des jolies phrases et quelques belles photos.

Mais, pour être honnête, mon fail, c’est que je n’ai même plus le courage de vous écrire tout ça.  Il est 23h21. Je suis moins mais toujours fatiguée. Les madeleines sont cuites et sorties du four, les enfants dorment, attifés comme des as de pics, avec des taches sur leurs pyjamas. Mais heureux, j’ose le croire, je crois le voir. Non, j’en suis certaine. Parce que demain, ils auront des madeleines. Rondes, sucrées, moelleuses et imparfaites.

Comme leur mère.

9 réflexions sur “Les imparfaites

  1. Ca me parle tellement. J’ai conscience de jouer mon rôle dans ce grand jeu des illusions au travers de mon blog et, peut-être plus encore, d’Instagram. Mais comme toi je considère qu’on est tous responsables de l’interprétation des images qu’on fait défiler de notre plein gré. Mon bébé a 6 semaines et ses journées se résument depuis 3 semaines à : rhume interminable, reflux, pleurs, écharpe non stop et nuits coupées en quatre à six morceaux. Je suis heureuse et fascinée – ça c’est la vérité – mais aussi épuisée. Et tu sais quoi ? Ca me fait beaucoup de bien de lire ces « confessions », et j’espère que tout va mieux pour ta toute petite. Alors merci pour ça, vraiment.

    Et, dis, il reste des madeleines ?

    1. La maternité est pleine de sentiments paradoxaux, comme la vie en fait. Mais je reconnais avoir été plus secouée par l’arrivée de la petite snottneuse, peut-être parce que je pensais déjà tout savoir alors que non, je ne savais rien du tout. Parcontre je peux te dire que 3/4 mois est un cap après lequel un rythme finit par s’installer. Les petits estomacs immatures grandissent et laissent aux bébés le loisir de découvrir la gourmandise. Chez nous le reflux a finit par passer après 4 mois même si on trouve encore ici et là des petits tâches blanches sur le plancher 🙂
      Ah et les madeleines, elles font la ronde avec le carrot cake et les meringues (je m’accroche 😉 Que tout se passe bien ave ton petit homme, c’est épuisant mais ça ne dure pas si longtemps, ce temps où tu peux l’avoir tout contre toi :-*

  2. Très beau post, émouvant aussi. Je me souviens de cette fatigue, de ce manque d’énergie et de la pression aussi du (trop) beau vu ça et là (même si pourtant je suis assez « pour » me noyer de beau au quotidien et que je n’ai pas envie non plus de montrer ma vaisselle sale post-gateau). Confession du jour (c’est cadeau) : il m’arrive même encore avec mes 4 et 6 ans d’aller rechercher des fringues dans le panier à linge sale (chuuut! 😉 ) Des bises ma jolie !

    1. C’est marrant, ça me fait penser à l’article de Maud, finalement on se met un peu la pression toutes seules mais j’assume et j’adore ton expression : se noyer de beau au quotidien, c’est tout à fait ça. Qui aurait envie de faire dérouler des photos de vaisselle sale ? Même de la Ferm Living … Quant au linge sale, je dois dire que ça m’est arrivé souvent ces dernières semaines mais je met ça aussi sur une démarche écologique hein, moins de lessive, moins d’eau, moins de savon … (comment ça, je suis de mauvaise foi 🙂 gros bisous

      1. Ha ha j’adore cette mauvaise foi, je la garde sous le coude alors pour répondre à ma belle-mère si besoin 😉

  3. C’est très beau cette sincérité dans tes propos, je m’y retrouve un peu… Et tu as totalement raison : on est toutes imparfaites. Ici je suis un peu maniaque donc les pyjamas sales filent rapido à la machine. Le problème c’est qu’il m’arrive de laisser passer 3 jours avant de les sortir enfin du sèche linge et les replier. Par contre, les draps lavés tous les 15 jours, ah ah laisse moi rire 😉
    Courage pour le sommeil, ici on est un peu limite aussi, mais il paraît que ça va de mieux en mieux en grandissant 😉 Bisous

    1. Héhé oui mais dans 15 ans, ils seront je ne sais où à faire je ne sais quoi avec je ne sais qui. Alors je ne le dis pas trop au Beau Gino mais je dois avouer que je savoure de l’avoir encore tout contre moi dans le noir de la nuit, c’est un tel luxe de pouvoir sniffer son bébé puis de le remettre au lit, au chaud et au sec puis d’aller se coucher dans la pièce à côté, même si je dois me relever 1h après pour remettre une tute ou faire une doudouce. Je sais que ça ne durera pas toute la vie alors j’en profite tant que ça dure :-*

  4. Magnifique! Il faut dire que je m’y retrouve tout à fait aussi avec mes 2 croquettes de 3 ans et 5 mois… vivement que la fatigue passe, que je puisse regarder un film sans m’endormir avant la fin et que croquette numéro 2 fasse ses nuits (même si comme toi je profite du calme nocturne pour sniffer ses petits cheveux)… tout cela n’a qu’un temps, profitons-en ❤️

    1. et puis un matin, tu te réveilles et tu te rends compte que tu as dormi toute la nuit. Et puis un dimanche, tu te réveilles et tu te rends compte que ça dure depuis une semaine. Comme tu dis, tout cela n’a qu’un temps, savourons 🙂 ❤

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