Avec les enfants

Faites des enfants qu’ils disaient

Si je devais me demander ce qui est le plus dur lorsqu’on a des enfants, la réponse ne serait pas simple. Il y aurait tellement de choses à dire. Après bientot 4 ans d’expérience en la matière, je suis déjà en mesure d’en écarter un bon paquet.

Le plus dur avec les enfants. Ce n’est pas les nuits hachurées par les réveils nocturnes, les levers aux aurores, les négociations et les ruses pour les faire dormir, les petits et les gros bobos. Ce n’est pas ce temps qui file si vite et qu’on croit avoir perdu, le temps des sorties, des grasses matinées, des restos a l’improviste et des soirées qui partent en sucette, des dossiers à finaliser sans se soucier d’un horaire de crèche ou de garderie, ce n’est pas ce temps apres lequel on court mais qu’on retrouvera bien un jour.

Le plus dur avec les enfants. Ce n’est même pas cette intimité physique avec un autre (petit) être humain, ce pipi-caca-vomi dans les mains, dans le cou et entre les lattes du plancher ou encore ces snottes séchées sur le pantalon (le nôtre, pas le leur. évidemment), ces thèmes scatologiques qui prennent autant de place dans nos existences et nos conversations quotidiennes parfois au détriment de toute pudeur. Non, ce n’est pas le plus chouette, certes mais ce n’est pas le plus dur.img_5100

Le plus dur avec les enfants. Ce n’est pas leur absence totale de bon goût en matière de décoration ou de culture. À part ceux qui mentent et même les plus chics, aucun parent n’a pu résister au plaisir procuré par la Reine des neiges, Spiderman ou avant eux, cet insupportable T’choupi. Même si le rouge vif, le bleu roi ou le  turquoise jurent terriblement avec nos intérieurs pastels et nos si charmants petits jouets en forme de mouton, renard ou autre animal poétique (dont bien souvent ils n’ont que faire). Ce n’est pas non plus les cris(es) de colère, les repas interminables, les principes à la poubelle pour quelques minutes de tranquillité.

C’est dur mais ce n’est pas le plus dur. Le budget fou qu’on leur consacre, par besoin ou par envie. Pour les faire garder, les soigner, les nipper et les occuper. On est d’ailleurs pas tous sur un pied d’égalité (contrairement à l’engouement pour Spiderman ou la Reine des neiges) – C’est dur également, la trace qu’ils laissent dans et sur nos corps de mères. Pour après, se regarder, se soigner, se nipper et à nouveau s’aimer. Pour ça aussi on est pas toutes sur un pied d’ égalité (coucou Gisele B.). C’est dur mais ce n’est pas le plus dur. Non.img_5127

Le plus dur avec les enfants, c’est cette angoisse permanente qui ne nous quittera jamais. Cette angoisse que tout bascule, cette peur de l’accident, de l’inattention, du hasard qui ne fait pas toujours bien les choses. Que ça nous arrive à nous et pas qu’aux autres. Cette peur sournoise de voir arriver le mauvais moment quand on est au mauvais endroit. Ces quelques secondes qui peuvent changer nos vies pour les détruire. Cette sensation que l’on passe sans cesse à travers le chas de l’aiguille et que tôt  ou tard, on payera notre bonheur comme si le malheur et la souffrance étaient distribués de manière équitable. Le plus dur reste néanmoins parfois bien relatif  au regard de l’insoutenable qui, pour l’instant, nous épargne.

Oui. Tout cela est bien subjectif. Chaque parent à son plus dur. Mon plus dur avec mes enfants, avec mes Snottneus, c’est de lâcher prise, de faire confiance. Au Beau Gino, au destin, à ce salopard de hasard. Et puis surtout, leur faire confiance à eux. A ce petit garçon et à cette toute petite fille, avoir confiance en eux pour qu’ils aient confiance en eux, en nous et en tout l’amour qu’on leur porte. Ce n’est pas le plus dur mais c’est le plus important. 

13 réflexions sur “Avec les enfants

  1. Tu m’as terriblement émue… J’aurais pu tout écrire, tout. C’est si joliment dit, avec tellement d’émotion. J’ai souri quand tu as évoqué la reine des neiges et spiderman et le plaisir qu’ils procurent aux petits. J’ai moi même ces souvenirs petite d’avoir tellement attendu et explosé de joie en recevant tel ou tel jouet. Tendance ou pas, qu’importe finalement ! J’ai été émue quand tu parles du corps de maman, un sujet encore délicat pour moi. Et enfin, cette perpétuelle inquiétude que je partage. C’est surement « mon plus dur » aussi. J’y travaille beaucoup, du moins j’essaye mais en bonne maman poule, ça reste un de mes plus gros challenge… Je t’embrasse fort et surtout, ne lache pas ta si jolie plume remplie d’émotion et de vrai ❤

  2. Rolala, c’est tout ce que je pense et ce que je ressent en ce moment. J’aurais aussi pu tout écrire (sauf que moi je ne suis pas douée avec les mots 🙂 ) . Je découvre ton blog avec cet article et j’en suis très heureuse 🙂
    Passe une belle journée!
    Isabelle

  3. Quel beau texte… C’est mon plus dur aussi. Pas un matin où je ne me demande s’ils respirent encore…

  4. mon dieu comme je me reconnais là dedans…souvent je suis un peu à bout car bébé ne dort jamais, car bébé ceci car bébé cela. Mais il suffit qu’il s’endorme 5 minutes pour que je me dise « mais c’est quoi tout ça face à si il lui arrive un jour quelque chose ? je veux bien qu’il hurle des années, pourvu qu’il ne lui arrive rien »… je me souviens avoir été débordée par ce sentiment à la maternité. cette peur…cette peur que je reprochais à ma mère, qui m’a étouffée. alors je ferai tout pour ne pas l’étouffer, mais bon sang ce que ça sera dur.

  5. Que c’est touchant sans être gnangan. Un billet qui résonne d’autant plus en ce 20e triste anniversaire dont parlent les médias en ce moment…
    Un billet qui fera écho pour tous les parents (en devenir), c’est dur mais c’est beau

  6. C’est exactement ça… c’est savoir qu’on ne peut pas tout contrôler, l’accepter et ne pas leur montrer cette angoisse – la pire de toutes je pense – qui nous prend au coeur et aux tripes… Magnifique texte ❤

  7. Merci pour ce très beau texte qui traduit tout ce que vivent les parents, entre bonheur et angoisse, entre cernes et accomplissement. On peut se raisonner sur tout (les nuits pourries, les repas épiques, les trajets en voiture où on perd 30 décibels…) mais jamais on ne pourra se raisonner sur la peur de perdre un enfant. On apprend juste à vivre avec en essayant de les protéger dans notre bulle de douceur !

  8. Avec bientôt 15 ans d’expérience de maman, je confirme que le plus dur c’est en effet le lâcher prise. Mon corps d’avant je l’ai récupéré depuis belle lurette tout comme les nuits et le vomi ils ont laissé ça au chat 😊, l’argent on fait avec ce qu’on a mais la peur qu’il leur arrive un accident me tenaille pratiquement nuit et jour et je dois me faire violence pour les laisser vivre leur pré pour le second et adolescence pour la première 😉 merci pour ce bel article 🌈

  9. Très beau billet, et oui, c’est exactement ça le plus dur, le lâcher prise, car oui, on ne peut pas tout prévoir mais restez vigilante, avec une bienveillance de maman, car on est là pour ça, les guider dans leurs découvertes, leur montrer et apprendre les dangers qu’ils ignorent, les accompagner et être présent à leurs côté au quotidien, et les aimer encore et encore… Alors oui faisons nous confiance et faisons leur confiance, à ces petits êtres rempli de vie, et merci pour ce beau billet tellement… vrai !

  10. Je me reconnais aussi dans ce message et surtout dans ces sombres périodes de barbarie qui personnellement m’angoisse parfois davantage.. Je me dis souvent que je dois absolument lui montrer tout le bonheur que peux apporter ce monde avant qu’il ne découvre « l’envers du décor ».
    En tout cas, ça me rassure de voir dans les commentaires que je ne suis pas la seule à scruter les respirations de mon petit garçon.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s