Du temps pour nous

Le temps ça se prend.

Et pourtant, on ne cesse de courir derrière, tout en cherchant celui qu’on a perdu. Il nous manque souvent, on en a jamais assez de bon et toujours trop de mauvais, du moins sous les cieux bruxellois.

Il y a un mois, ce temps que je n’arrivais plus à prendre, on me l’a donné, on me l’a même imposé et pas en dose homéopathique. Huit semaines à me regarder le nombril, autrefois creusé, qui vient maintenant pointer le bout de son nez en dessous de mes vêtements, comme un bouton de sonnette sur lequel le Snottneus s’amuse à faire ding dong en espérant qu’une petite soeur vienne lui ouvrir la porte. Il y a d’abord eu la culpabilité, ensuite le stress pour ne pas dire les stress et puis il y a eu le sommeil, les siestes, les bains et les livres, ce temps pour moi, depuis un mois, le huitième.

J’ai donc enfin pris du temps pour moi mais pas que. Du temps pour lui aussi, le petit homme de ma vie, pour l’accompagner sur le chemin de sa vie qui s’apprête à changer, le regarder grandir pendant qu’il me regarde grossir, le garder encore tout contre moi et en même temps le pousser vers d’autres bras, pour faire un peu de place à celle qui lui volera – en quelques sortes-  ses derniers reliquats de bébé. Ce sera lui le grand à la fin du printemps. Même si tout au fond de nos coeurs, on le sait bien tous les deux, il sera toujours mon petit bébé, même quand il sera grand, même quand je serai vieille. Même quand peut-être un jour, ce sera moi qui aura besoin d’être bordée, qui aura besoin d’être rassurée.

Ca prend du temps de prendre du temps, surtout quand il file à toute allure – je vous parle d’un temps que les moins de trente ans ne semblent pas poursuivre. Celui qui efface les peines mais qui alourdit les maux, celui qui rend les joies bien plus précieuses que ce que leur apparente simplicité semble cacher. Parce que le temps qui passe ne guérit pas toutes les blessures, contrairement à ce que chantait l’autre, on s’efforce de savourer celui qui reste sans pouvoir en prendre la mesure. Parce que l’envers du décor n’est pas toujours rose, ni scandinave, ni savamment (dé)rangé, j’ai accordé moins de temps à ces pages-ci mais plus de temps pour lui, le grand homme de ma vie, celui qui maintenant borde et qui rassure, qui parfois voudrait redevenir tout petit, comme au bon vieux temps.

Chaque chose en son temps, le bonheur arrive mais il doit encore un peu grossir, il a pourtant déjà un nom, un prénom et deux surnoms. Ce bonheur-là se conjugue au féminin et pour 4 semaines encore, au futur simple. Pendant ce neuvième mois, je prendrai le temps pour elle. Le temps de lui expliquer, pas tout mais beaucoup : la vie, L’Amour, la famille, la fraternité et ses râtés. L’essentiel parfois insaisissable. Le temps aussi de préparer son arrivée, les valises, les faire-part, le périnée et toutes ces petites joyeusetés. Le superflu qui ne l’est pas tant. Avant de la couvrir de bisous, je la couve d’amour, et je ne courre désormais plus que dans un sens, celui du joli mois de mai.

Et après, il faudra réapprendre. Apprendre à prendre le temps. Le temps pour nous. Pour moi, pour nous deux, pour nous trois.

Mais surtout, pour nous quatre.

 

5 réflexions sur “Du temps pour nous

  1. Superbe billet, je te comprends tout à fait. Tu as raison de passer du temps avec ton « grand », je suis passée par là il y a peu et ces dernières semaines consacrées à l’aînée sont inoubliables. Elle me manque un peu, cette intimité, aujourd’hui où nous sommes quatre. J’espère que si tu dois rester au calme pour raisons de santé la fin de ta grossesse se passera mieux!

    1. Merci pour tes encouragements, pour la dernière ligne droite, on va à l’essentiel 😊 j’espère que tout se passe bien pour vous 4 et que le rythme de croisière s’installe tout doucement 😘

  2. Et moi… je prends le temps de lire ici, de parcourir et de lire… ces beaux articles qui font sens et résonne si justement. Merci pour ces mots, là !

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