Un bon livre

C’est comme un ami : quand on en a un, on est jamais seul.

C’est ce que ma grand-mère me disait souvent, alors qu’elle entamait ou finissait un de ses livres, compagnons de ses après-midi d’hiver et des trois autres saisons, accompagné d’un Earl Grey au lait et de biscuits qu’elle cachait dans ses poches. Je la vois, je l’entends encore. Je la sens aussi, cette odeur curieusement poudrée qui aurait pu être celle d’un bébé si ce n’était pour la peau tachetée et frippée. Mais toujours aussi douce.

Et comme elle avait raison. Quand on a un -bon- livre, on ne se sent jamais seul. Dans le tram, au restaurant, dans une salle d’attente, le soir dans son lit, le dimanche, dans son canapé, à toutes heures aux toilettes, un livre, son univers et ses personnages accompagnent nos journées et parfois aussi, un petit bout de nos nuits. Qu’ils soient ouverts dans nos mains, fermés sur une table de chevet ou malmenés dans un sac, au fond d’une abysse de brols, les livres sont des acolytes toujours disponibles mais peu exigeants qui ont le pouvoir un peu magique de nous transporter loin de notre réalité et c’est si bon, quand on a besoin de l’oublier, cette réalité, parfois triste, humide et grise comme une deuxième semaine de janvier.

 

Avec un bon livre en cours, je me tiens naturellement à l’écart des écrans, qu’ils soient de salon ou de poche, auxquels je préfère leurs homonymes feuilletés. Par la force des choses ou plutot celle des pages, je parcours la nécessaire distance qui tient mon esprit éloigné du stress et des contrariétés quotidiennes, les petites et même les grandes.  C’est ma méditation à moi, ma gym de l’esprit, mon rituel du soir car peu importe l’heure et oserais-je écrire, l’état, il m’est impossible de m’endormir sans avoir tourné des pages, d’un roman si possible, ou à défaut, d’un guide sur une destination lointaine ou une technique d’éducation positive.img_0803Mon rituel du soir mais aussi ma bulle du matin, après les tartines au choco, les bibis vanille, le nombre de sucres dans le café et le bisous collant qui précède le départ de mes deux Double Z, dans la joie ou, parfois, la mauvaise humeur. Un petit moment assise ou serrée comme une sardine dans un tram qui part vers le centre-ville, dans les odeurs d’after-shave et de cocotte, parmi les visages endormis, souriants ou distraits des bruxellois. Avant les mails, les réunions, les signataires et la grande question de savoir ce qu’on va manger à midi. Et au milieu d’un chapitre captivant, ne pas oublier de descendre à l’arrêt Parc, même si l’héroïne croit reconnaître son amant disparu dans les rues de Palerme. FullSizeRender

Un plaisir du weekend aussi, quand les arsouilles – le petit et le grand- sont neutralisés à la sieste pour l’un ou à un match de l’Union Saint-Gilloise pour l’autre. Une bougie allumée sur la cheminée, un salon rangé, un air de jazz et le canapé est prêt à m’accueillir, moi, un bon café et du tout aussi bon chocolat, que je ne devrai ni cacher ni partager, pour me plonger dans un western spaghetti, avec des pistolets qui font pan-pan et des sabots qui font clobodop, clobodop à travers les plaines sauvages du Far-West. C’est une salvatrice sollitude que j’essaye de m’accorder dès que possible. Salvatrice et savoureuse. Il n’y a qu’un livre qui peut offrir cela. On ne dérange quelqu’un qui lit que si on a une bonne raison. Ou 3 ans ❤img_0799C’est important, d’avoir un bon livre sur sa table de chevet et dans sa vie. Et pour avoir un bon livre dans sa vie, je ne connais pas de meilleur moyen que d’avoir un bon libraire. Comme un bon pharmacien, un bon boulanger, un bon caviste aussi, tout ces commerces, idéalement de proximité mais pas que, desquels on peut pousser la porte et dire « j’ai besoin d’un remède, d’un pain, d’une bouteille, d’un livre ». Pas tous à la fois. Chacun sa spécialité. Mais comme chez le pharmacien ou chez le caviste, on peut expliquer à un bon libraire ce qu’on cherche, ce qu’on aime, ce dont on a besoin. On peut donner une prescription, le dernier Tartenpion ou un menu, c’est pour lire en vacances. On peut même passer une commande : un pistolet, un western et deux romans à l’eau de rose.

Avec un bon libraire, on peut dialoguer. Les livres qui nous ont bouleversé, ceux auxquels on a pas accroché, cette fin abrupte ou ce personnage dont on ne sait pas très bien s’il est fourbe ou sincère. Un bon libraire, ça ne se trouve pas sur internet. Un bon libraire, ce n’est pas facile à trouver de nos jours. A garder non plus. Un bon libraire, c’est comme un bon livre.  C’est comme un bon ami et c’est encore plus exquis quand c’en est une 🙂

ps : au coin de la rue Lepoutre et de la rue de la Réforme, à Ixelles, il y a trois bons libraires ou devrais-je écrire : trois exquises libaires qui partagent leur passion des livres. Courrez les voir, elles vous trouveront sans aucun doute un ou plusieurs bons livres.

2 réflexions sur “Un bon livre

  1. Coucou ma Ginette,

    j’entretiens moi aussi une histoire un peu particulière avec la lecture, c’est une passion (une réelle passion) qui est devenue au fil des années, et de manière imperceptible, un vrai besoin. Je ne m’imaginerais pas fermer les paupières sans avoir lu, ne fut-ce que quelques pages du (ou des) livres en cours.
    Ces conseils judicieux, ces avis éclairés de nos professionnels sont autant de petites pépites à chouchouter, c’est vrai qu’ils se font malheureusement de plus en plus rares et je regrette de voir au quotidien de jolies petites enseignes fermer les portes au profit de « supermarchés de la lecture » parfois…
    Mille bisous!

    1. Oui, c’est dommage car ces grandes surfaces au propre comme au figuré sont un peu anxiogènes. on se sent tellement bien dans une petite librairie de quartier 🙂 bisous à toi aussi

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