La possibilité d’une vie

Meilleure.

Au mois de novembre, le Beau Gino & moi avons passé 5 jours trépidants à New York. Un séjour urbain, bruyant, animé, illuminé durant lequel on a marché, mangé, bu et parlé. Mais pendant quelques heures, c’est dans un mutisme presque total que nous avons arpenté de vieux bâtiments, jadis à l’abandon, sur une petite île au large de Manhattan : Ellis Island.

Dans l’ombre de la Statue de la Liberté, Ellis Island est le symbole de l’immigration européenne aux Etats-Unis et bien plus encore. De 1882 à 1954, c’est sur ce petit lopin de terre qu’on transité des millions de personnes, d’âges et d’origines diverses, tous en quête d’une vie meilleure. D’une vie tout court. Si loin de la pauvreté, des exactions, de la misère, de la peur, des humiliations, de la famine, de la guerre.

Après plusieurs décennies où les bâtiments n’ont été habités que par les fantômes de ceux qui y ont transité, pour quelques heures ou pour quelques jours, Ellis Island a été restauré puis réhabilité en un superbe Musée de l’immigration et de tout ce que ce mot engendre : l’exil, l’errance, la multiculturalité.

source getty images

Au retour de notre périple, j’ai trié mon linge, mes achats et mes photos. J’ai rassemblé tous mes souvenirs et mes bons plans dans un article. Et j’ai gardé dans un coin de mes mémoires, la mienne et celle de mon ordinateur, des images, des sentiments et des visages, ceux que j’ai regardé grâce à l’impressionnante muséographie d’Ellis Island. J’ai aussi conservé au fond de mon coeur ces murmures, presque inaudibles, ces voix dans une multitude de langages différents, que l’on imagine aisément lorsqu’on se promène dans les couloirs, dans les escaliers, dans le hall central. Un peu comme si chacun de ces êtres avait laissé un peu de son âme, un peu de son histoire, dans les carrelages désormais rénovés mais qui gardent l’usure du temps qui est passé. 

Et puis sur les recommandations de Célestine, je me suis plongée dans un roman au titre évocateur : Le Dernier Gardien d’Ellis Island. Un livre doux et émouvant qui retrace la vie quotidienne sur l’île, à travers les yeux de son gardien, John Mitchell.

156599075

Concrètement, de quoi s’agit-il ?

A la veille de la fermeture définitive du centre d’immigration d’Ellis Island, son dernier directeur remonte le cours de sa vie passée majoritairement sur cette île singulière. Après le départ du tout dernier migrant, un marin norvégien puis des quelques membres du personnel qui assuraient l’intendance du lieu, John Mitchell se retrouve seul face à lui-même. Ou pas tout à fait, car dans le silence désormais assourdissant des bâtiments, résonnent toutes les histoires des migrants, certaines avec plus d’intensité que d’autres.

Dans une belle alternance de faits historiques et d’éléments fictifs, on se laisse emporter dans l’ambiance qui devait régner naguère au sein d’Ellis Island. On ne peut qu’essayer de comprendre ce que devaient ressentir tous ces gens, entre la peur et l’espoir, l’attente et l’angoisse pour la plupart, la joie et l’exaltation pour ceux à qui étaient ouvertes les Golden Doors. 

C’est autant de sentiments que l’on perçoit sur les visages immortalisés par les centaines de photographies d’époque exposées tout au long du parcours d’Ellis Island. Des sentiments décrits avec beaucoup de beauté et d’humanité par Gaëlle Josse, dont le livre m’aura marquée presque autant que la visite en elle-même.

EllisIslandProcessing

« Qu’emporte-t-on dans l’exil ? Si peu, et tant d’essentiel. Le souvenir de quelques musiques, le goût de certaines nourritures, des façons de prier ou de saluer ses voisins. Parfois un accordéon ou une guitare se joignait au piano, on entendait jouer tard dans la nuit, comme si les immigrants parvenaient à faire ressurgir, dans ces moments-là, pour quelques heures fugitives, des fragments de leurs terres natales »

20150209-230108.jpg

 » Il faut imaginer la fragilité, la folle énergie, la détresse et la détermination de toutes celles, de tous ceux qui ont un jour accepté l’idée, pour fuir la misère ou la persécution  de tout perdre pour peut-être tout regagner, au prix d’une des plus terribles mutilations qui soient : la perte de sa terre, des siens, la négation de sa langue et parfois, de son propre nom, l’oubli de ses rites et de ses chansons ».

20150209-230116.jpg

20150209-230122.jpg

20150209-230155.jpg

Autant de visages, autant de mots, qui font écho à la réalité souvent cruelle qu’est l’immigration, laquelle n’appartient pas qu’à l’Histoire. En effet, on oublie vite qu’il y a quelques décennies, c’était l’Europe qu’on fuyait en masses. Il est difficile de ne pas faire le lien entre les migrants d’alors et les migrants d’aujourd’hui. Mais il est possible, peut-être, de poser un nouveau regard sur ces exilés d’un genre pas si nouveau.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s