Garder le cap

En bateau. Ou à la nage.

En ce qui me concerne, c’est à la nage, que je tente de rejoindre mon bonheur professionnel, une petite île perdue dans un archipel d’un millier d’îles de tailles variées. Ce n’est pas facile de la trouver, car je n’y suis jamais allée. Je pense que c’est une île déserte, pas très grande mais où l’on peut vivre à deux voire même à trois. Elle ressemble à d’autres îles sur lesquelles vivent des gens qui sont très heureux et qui ont aussi nagé pendant longtemps avant de rejoindre leurs rivages.IMG_0939

Car le bonheur professionnel, on y arrive pas en avion. Certains, qui ont beaucoup de sous, y sont arrivés en hélicoptère. Ce n’est pas mon cas, alors je nage en alternant brasse – version Mamie– et crawl – version Manaudou. Heureusement que j’ai passé mes brevets de natation à l’école. Je ne suis pas une grande sportive donc ce ne sont pas mes meilleurs souvenirs d’enfance.

25m, 50m, 100m. Nager sans s’arrêter. Penser au « dix-heures » qui nous attend dans le distributeur automatique à la sortie des vestiaires. Des grills ou un Yes ? Il fallait choisir car les pièces de 20 francs n’étaient pas légion dans mon portefeuille Mickey de gamine. Et parfois, en plein milieu d’une longueur, les crampes apparaissaient dans les bras ou dans le petit orteil, qui se raidissait comme un mort, une histoire de magnésium paraît-il. Pourtant je continuais de nager, visant la persévérance au détriment de la technique parce que ce n’était pas possible de faire autrement. Un camarade de classe devant, un autre derrière et ce bruit assourdissant de piscine communale dans lequel un moniteur en clapettes rythmait la cadence.

Aujourd’hui, il n’y a plus de moniteur, ni de clapettes. Il n’y a plus ce bruit, ni cette odeur de chlore et de javel. Il y a l’écho d’un air de jazz, une bougie parfumée sur un bureau customisé (bientôt fini), une myriade de cartes de visite, autant de promesses de collaboration, des listes, check et to do, des brouillons d’articles, du linge aussi, c’est moins glamour mais c’est ma mer Egée, dans laquelle je nage depuis quelques semaines. Et dans la mer Egée, même la mienne, ce n’est plus comme à la piscine. On ne nage pas tout droit dans un couloir. Je tourne, je contourne et même en nageant, je me retrouve à la croisée des chemins. C’est alors que mes peurs et mes doutes remontent à la surface.  Ce sont les crampes de ma motivation, les points de côté de ma confiance en moi. Découragée, je continue de nager mais je peine à garder le cap. Je lorgne sur d’autres rivages, plus proches ou carrément sur un gros paquebot, au loin, qui pourrait venir me repêcher et me ramener sur la terre ferme, dans un port pleins de marins et de touristes (ouhouhou la grosse métaphore).IMG_0946

Ce découragement agit de manière sournoise sur la lecture du passé : j’ai fait de mauvais choix ° je n’ai jamais été douée pour ça ° et si j’avais fait tel chose à tel moment … sur les décisions du présent : je ne sais pas comment m’y prendre ° j’attends de voir ° quelqu’un a eu une meilleure idée que moi … et aussi, sur la confiance en l’avenir : je vais me planter ° ça ne marchera pas ° je vais me faire manger par la concurrence...  Il brouille la vue à court et long terme, celle qui nous permet de trouver notre île. Je n’aime pas le découragement. Il pue du cul. C’est pourtant l’alter ego de la persévérance. Un peu comme le rose et le noir. Comme le jour et la nuit. Comme la pluie et le beau temps. Comme le calme et la tempête …  (Ca va, Belle Ginette, on a compris le principe).

Bref, les moments de découragement amenés par les doutes et les peurs, mais aussi par les portes qui se ferment, ou qu’on arrive pas à ouvrir, il faut se les farcir. Car ce sont ces moments qui en permettent d’autres : d’enthousiasme, d’optimisme et de fierté. Et pour un paquet de grills ou pour trouver son île du bonheur professionnel, même si on ralentit le rythme, le temps de reprendre des forces … il faut garder le capIMG_0925

 

11 réflexions sur “Garder le cap

  1. On avance on avance on avance, c’est une évidence on n’a pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens…

    So proud of you Belle Ginette!

  2. C’est sur, si tu n’essaies pas, tu ne risques pas de te planter. Mais cela ne te satisfera pas et il n’y a aucune raison que tu te plantes. Go for it! On est tous derriere toi et fiers de toi.

  3. Aaah, garder le cap, tout un programme! Mon île est loin aussi… très loin… certains jours, je la sens toute proche, d’autres, j’ai l’impression que je n’accosterai jamais. J’en suis là aussi… NOUS en sommes là et pas que nous deux d’après ce que je lis. Je t’envoie un p’tit mail bientôt, dès que j’ai la tête hors des tissus pour un moment. Et merci pour l’évocation du YES, j’avais oublié son subtil goût de noisettes synthétiques. Maintenant, je l’ai sur le bout de la langue et ça me donne envie!

    1. Je serai heureuse de faire un bout de chemin brasse à tes côtés. Et pour les yes, il parait qu’ils ont refait surface dans une grande chaîne de supermarchés mais je ne sais pas laquelle 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s